17 mai 2006
Paroles de ... Benoît Poelvoorde, comédien
Je trouve qu'il y a une grande fumisterie. Je suis très partisan de la théorie de "l'agonie de l'art".
On nous l'annonçait déjà il y a vingt ans, mais c'est vrai : les choses
ne se régénèrent plus. Il reste encore quelques grands peintres, mais
beaucoup d'artistes qui exposent à la Fiac ou au Palais de Tokyo se
moquent du monde ! Il m'arrive de faire un test : j'emmène des enfants,
mes petits neveux par exemple, au musée d'Art moderne. On voit très
vite ce qui retient leur attention : les enfants d'arrêtent
immédiatement devant ce qui les fascine et négligent ce qu'ils trouvent
ridicule. L'art est quelque chose qui doit susciter la curiosité comme le plaisir, c'est une question de perception immédiate.
Les types qui mettent deux rouleaux de papier toilette par terre avec
un sac-poubelle dessus et qui appellent ça de l'art m'exaspèrent ! Bien
sûr, des gens comme Duchamps, Klein ou César ont fait avancer les
choses, mais leur coups d'audace ne peuvent être reproduits : il faut arrêter d'exposer des bidets et des carcasses de bagnoles !
Extrait de l'interview de Benoît Poelvoorde dans le numéro de mai-juin d'Art Magazine.
22 avril 2006
Paroles de ... Benedikt Taschen, éditeur de livres d'Art
Pour être sexy, un livre doit charmer chacun de nos sens. La main :
le feuilletage, le grammage du papier. L'odeur de l'encre fraîche,
aussi agréable que celle des baguettes de la rue de Buci. Le regard est
le sens le plus important (...) Enfant, j'avais vu pas mal d'expos à Cologne, Amsterdam ou Paris. Je
savais que tout le monde s'intéressait à la peinture. Les livres d'art
étaient chers. A 10 ans, quand j'entrais dans une librairie, on me
regardait d'un air bizarre. Le libraire flippait de voir un gamin en
train de tripoter un bijou à 200 marks.
Pour mieux connaître Benedikt Taschen, le fondateur des éditions "Taschen", Libération a dressé le portrait de cet éditeur hors-normes. Pour lire l'article "Pool aux oeufs d'Art" de Marie-Dominique LELIEVRE, cliquer ICI.
20 février 2006
Paroles de ... Sylvie Bommel, journaliste
Tout avait commencé par une humide soirée de décembre. Dans une ville de la banlieue parisienne, une affichette timidement accrochée à un lampadaire annaonçait un cycle de conférence sur le thème "J'ai décidé d'aimer l'art contemporain". Intrigant non? Je sais bien qu'il est de bon ton d'être proactif et de décider en permanence de plein de choses : se mettre au water-polo et à la danse africaine, maigrir et arrêter de fumer ( à prévoir en alternance), se séparer de don mari et adopter un chien (ou l'inverse)... Mais peut-on décider d'aimer ? L'art contemporain, en plus, qui est parfois peu aimable !
Bravant néanmoins le noir, les intémpéries et les multiples brasiers que CNN allumait alors sur la carte de France, me voici partie vers Nanterre avec un enthousiasme mesuré. En chemin, j'imaginais déjà le topo : salle municipale à l'éclairage blafard, conférencière ayant depuis longtemps tous ses trimestres de Sécu, public clairsemé de célibataires involontaires venant chercher un peu de chaleur humaine après avoir avalé leur barquette surgelée une part.
Ce fut tout le contraire. La salle : un amphitéâtre confortable. La conférencière : une historienne d'art version "jeune et jolie", munie d'un ordinateur portablepour projeter les oeuvres illustrant le sujet de ce soir, à savoir "le sexe, la morale, le scandale". Le public ? Ni celui de la Fiac, ni celui de TF1. Des français moyens animés par une réelle envie de comprendre les créations contemporaines plutôt que de les déclarer d'emblée décadentes, nulles, indécentes...
Bref, c'était intéressant, enrichissant, intelligent et... gratuit.
Pour lire la suite, rendez-vous dans le numéro de février d'Arts Magazine (page 6).
Sylvie Bommel parlait dans son article de conférences organisées par l'association Connaissance de l'art. Pour plus de renseignements, site Internet.
09 janvier 2006
Paroles de… Renzo Piano, architecte
À
chaque fois que je vais à Beaubourg, je me demande : « Mais comment
a-t-on pu construire ce bâtiment ? » Richard Rogers et moi étions
jeunes, un peu fous. C’était en 1971, trois ans après 1968, à l’époque
des Beatles, nous avions les cheveux longs, et nous héritions de cette
époque. Ce projet était un peu comme un manifeste, une autre manière de
voir les choses : la curiosité comme premier geste culturel gratuit.
J’ai toujours eu des désirs excessifs. Avant, le musée était pour les
élites. Notre idée, c’était de construire un lieu hospitalier où les
différentes disciplines artistiques pourraient se croiser, se féconder.
Rapprocher la musique, la peinture, la sculpture et la bibliothèque. Ouvrir pour tous et n’empêcher personne de venir au musée.
À l ‘époque, on a comparé notre projet à une raffinerie au milieu de
Paris. Nous voulions mélanger le sacré de la culture et le profane de
la ville, inventer deux dimensions en créant une place pour les cracheurs de feu et un endroit pour Picasso et Matisse.
Renzo PIANO,
né en Italie en 1937, vit et travaille entre Paris et Gênes. Il est
passionné par la recherche sur les techniques et les matériaux de
construction. En 1971, le président Pompidou décide de doter Paris d'un
centre culturel qui soit aussi un musée et un lieu de création. C'est
le projet révolutionnaire de Renzo Piano et Richard Rogers qui a été
choisi par un jury international parmi près de 700 propositions.











