L'Art de A à B et vice-versa

"L'Art est comme un jeu, il suffit d'en connaître les règles pour commencer à l'apprécier" David ROSENBERG

24 novembre 2005

Et si Warhol avait raison ?

warhol4Actuellement la mode dans les émissions dites “intellectuelles”, c’est la critique de la télé-réalité. On invite des sociologues, des psychologues et autres spécialistes. Ils se retrouvent tous autour d'une table dans un décor généralement austère et nous donnent leur point de vue avec des mots techniques peu compréhensibles. Mais ces messieurs-dames n’ont rien inventé en matière de critique.
En 1975, Andy Warhol dans Ma philosophie de A à B et vice-versa (1) parlait déjà de la télévision et surtout des vedettes. Ami d’une centaine de gens “célèbres”, ce génie de la pub affichait un regard à la fois fasciné et critique sur la télé et les stars. Dans son livre, Warhol avait déjà tout prévu : les débordements des fans, les célébrités “éclairs”, la difficulté de donner une frontière entre la vie privée et publique des stars... Et surtout il annonçait déjà l’arrivée de la télé-réalité avec cette définition de la télé: «De la réalité mise en boîte». Warhol la trouvait magique. Imaginez grâce au petit écran, on peut se prendre pour Loana ou Jacques Chirac : «Vous pouvez regarder la télé et voir Coca-Cola. Et vous pouvez savoir que le Président boit du Coca, le clochard boit du Coca et pense donc, vous aussi vous pouvez boire du Coca...». Du coup c’est si facile de se retrouver sur un plateau en face de Benjamin ou Nikos. La télé devient un lieu de reconnaissance où il faut se montrer pour être “in” et même pour quelques minutes seulement: «À l’avenir chacun aura son quart d’heure de célébrité». Tout le monde réclame le droit de passer à la télé pour être vu, connu et reconnu. Le mot “star” perd ainsi toute valeur.
Mais si Warhol trouvait la télé magique, il s’en méfiait par-dessus tout. Elle peut créer en deux mois dans un château, une star, et la détruire aussi vite: «Une grande vedette peut vendre des millions de disques mais si elle tourne un mauvais film, dès que la rumeur est lancée, c’est fini».
Et si aujourd’hui les films de Warhol étaient diffusés, ils pourraient remplacer le feu-Loft Story: «Ce qu'il y a de bien dans mes films c'est que l'on peut s'absenter, aller aux toilettes, manger et revenir, on n'a pas raté grand chose !». Dans Sleep, Warhol filmait durant 6 heures un homme en train de dormir en plan fixe.
Warhol est certainement le plus connu (et le plus méconnu) des artistes Pop art et le plus controversé. Il a toujours dit ce qu’il pensait sur la télé et les stars mais sans jamais sortir la carte de la condamnation. Et ça, ça change des autres critiques!

(1) Ma philosophie de A à B et vice-versa, d'Andy Warhol, ed. Flammarion


 

Posté par CB42 à 14:42 - Critiques personnelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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